Phyllium philippinicum                 

       

 

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(Philippines, île de Luzon) Découverte par Hennemann, Conle, Gottardo & Bresseel en 2009.

 

Connu aussi sous le nom de Phyllie des Philippines, Phyllium philippinicum est un phasme de la famille des Phylliidae dont les représentants excellent en matière de mimétisme. Ce sont de véritables feuilles sur pattes qui impressionnent souvent les curieux. D'un point de vue évolutif, les phyllies sont la preuve d'une nature qui ne manque pas de créativité. Les plus fantaisistes diront que c'est le résultat d'un accouplement entre un phasme bâton et une feuille... D'autres diront que c'est une succession de mutations complexes dues à la coévolution inter-espèces qui a mené à un mimétisme homochromique et homotypique. D'un point de vue paléontologique, la diversité des insectes est notamment due aux interactions entre proies et prédateurs et à une évolution étroitement liée à celle des plantes angiospermes. Les Phylliinae (Kirby, 1904) représentent seulement 1% des espèces de phasmes, leurs adaptations morphologiques et comportementales sont particulièrement extrêmes. De plus, ces phasmes ont développé un mimétisme physique qui leur permet de bouger comme des feuilles lorsqu'ils sont touchés par un courant d'air. Les Phylliinae ont ainsi exploité les faiblesses visuelles de leur prédateur pour survivre jusque dans l'écosystème terrestre du 21e siècle.

 

Paléontologie

 

Dans l'étude « The first fossil leaf insect: 47 million years ofspecialized cryptic morphology and behavior » est présenté un insecte fossilisé à l'apparence de Phylliinae découvert dans les dépôts du lacustre de Messel en Allemagne. Le fossil est daté à 47 millions d'années et appartient à l'espèce Eophyllium messelensis. Les caractéristiques mimétiques de ce phasme correspondent aux plantes datées de la même période au site fossilifère de Messel. Des fossiles d'Eophyllium ont certainement aussi été ignorés à cause de leur forte ressemblance avec les feuilles d'angiospermes. 

 

Croissance

 

Les œufs de Phyllium philippinicum sont très intéressants ; leur enveloppe externe est conçue pour s'imbiber d'eau. Ils font environ 4 [mm] de long pour 3 [mm] de large et une épaisseur de 1.5 [mm]. L'ouverture et la capsule qui s'y emboîte font 2 [mm] de diamètre. Les proportions suivent un peu celles d'une amphore. Les deux faces latérales prédominantes sont traversées par 3 rangées de petites cavités reliées entre elles. Ces cavités ont pour rôle de se gorger d'eau au moindre contact avec un milieu aqueux et se répartir équitablement le liquide sur toute la surface de l’œuf. 

 

 

 

 

 

 

 

 

Presque simultanément se déploient des cils absorbants initialement colmatés à la surface. En moins de 20 minutes après le contact de l'eau apparaissent deux crêtes semi-circulaires de cils à la base de la cavité de l’œuf. Une autre rangée de ces mêmes cils suit tout le contour de la capsule. L'eau joue ainsi certainement un rôle important dans la croissance de l'embryon mais il est difficile de dire si son développement commence dès l'expulsion ou si c'est l’absorption de l'eau qui en donne le départ. Il semblerait cependant que l’œuf puisse survivre un certain temps sans eau jusqu'à l’assèchement du liquide vitellin. Les cils permettent aussi à l’œuf de s'ancrer dans le milieu humide, alors que sa forme non déployée autorise quelques déplacements, poussé par le vent par exemple.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après 3 à 5 mois d'incubation, la capsule est dégagée par la nymphe qui va entamer sa sortie de l’œuf ; c'est un moment très physique qui doit être effectué le plus rapidement possible. Si l’exosquelette durcit alors que le jeune phasme est toujours en partie prisonnier de l’œuf, l'issue peut s'avérer dramatique. Il arrive souvent qu'une patte reste soudée à la membrane coquillière et que le phasme doive traîner l’œuf derrière lui ; ce n'est pas un grand problème dans la mesure où le phasme peut tout de même se nourrir. L’œuf tombera définitivement à la prochaine exuviation. À sa sortie, le jeune Phyllium philippinicum est brun foncé ; il est alors à son premier stade post-embryonnaire (L1). Il va directement chercher à boire, et il devra trouver rapidement de quoi se nourrir. J'ai observé que les nouveaux nés pouvaient survivre jusqu'à 72 heures sans se nourrir, et c'est comme cela que j'ai remarqué que ce n'était pas la nourriture qui leur donnait progressivement leur belle couleur verte. Après 48 heures, les Phyllium philippinicum qui n'ont pas encore mangé deviennent peu à peu verts sur le thorax et l'abdomen, ce qui exclut la réutilisation de chlorophylle ingérée pour un rôle pigmentaire. Les pigments sont forcément produits par l'animal lui-même ou résulte d'une réaction de l'exosquelette avec l'oxygène. 

 

Maintien en captivité

 

Les espèces philippinicum et giganteum (Hausleithner, 1984) sont les plus répandues dans les élevages en Europe car elles sont assez faciles à maintenir. Les Phyllium philippinicum semblent par contre nettement plus résistantes, aux variations du taux d'humidité. Les mâles adultes volent avec facilité, une fois que l'un d'eux a pris goût à la voltige, il n'arrête plus... Les trajectoires semblent aléatoires et les atterrissages maladroits mais c'est très joli à observer. En captivité, ces phasmes n'ont pas assez d'espace pour voler correctement. Cet apprentissage est certainement mieux géré en milieu naturel. Le battement des ailes fait penser à celui d'un papillon mais avec une fréquence plus élevée. Ces arthropodes sont fortement attirés par la lumière. Les femelles peuvent avoir un semblant de « nervures » rouges sur les ailes et l'exosquelette, ce qui leur donne une apparence de feuille en début de décomposition.

 

 

Taxonomie

 

Embranchement : Arthropoda

Classe : Insecta

Ordre : Phasmida

Super Famille : Phyllioidea

Famille : Phylliidae

Genre : Phyllium (Illiger, 1798)

Espèce : philippinicum (Hennemann, Conle, Gottardo & Bresseel, 2009)

 

Dimorphisme sexuel & statistiques

 
La taille d'un spécimen à l'autre peut varier, que ce soit du côté des mâles ou des femelles. Le dimorphisme sexuel est flagrant, la femelle est trapue avec un abdomen de 5 [cm] de large environ alors que le mâle a un abdomen plus allongé, de 2.5 [cm] de large. Les ailes de la femelle ne sont pas assez développées pour lui permettre de voler. Les antennes des femelles font à peine 5 [mm] alors que celles des mâles sont plus épaisses et font en moyenne 30 à 40 [mm], certainement pour mieux capter les phéromones émises par la femelle une fois arrivée à maturité.
 
Tailles (longueur tête-thorax-abdomen):
  • mâle : 5.5-7 [cm] 
  • femelle : 7-9 [cm]
 
Maturité sexuelle après mue imaginale :
  • mâle : environ 10 jours
  • femelle : environ 15 jours
 
Mues :
  • mâle : L6 (croissance plus rapide que celle de la femelle)
  • femelle : L7
 
Durée de vie après mue imaginale :
  • mâle : courte 1-2 mois environ
  • femelle : 3-5 mois environ
 
La durée de vie est un paramètre très aléatoire d'élevage en élevage. En règle générale plus la croissance du phasme est rapide, moins sa vie sera longue à l'âge adulte.
 
Reproduction 
 
  • Premières pontes : environ 15 jours après fécondation.
  • Fréquence : 2-3 œufs/jour jusqu'à la mort.
  • Incubation : sur tourbe blonde, sopalin, humus de coco, humidification une fois par jour, éclosion après 3-5 mois environ.
 
Nous n'avons eu que des pontes fécondées jusqu'à maintenant ; nous n'avons donc pas d'informations concernant une éventuelle reproduction parthénogénétique. Il semblerait qu'elle ait lieu mais qu'elle prenne plus de temps à démarrer. Les pontes sont impressionnantes ; la femelle ne se contente pas de laisser l'œuf pondu tomber par terre, elle l'expulse, peut-être pour qu'il aille se planter dans la terre. Il y a peu d'informations à ce sujet mais l'abdomen semble mis sous pression et l'œuf est expulsé brutalement. Elle ne le fait pas à chaque fois mais c'est assez bruyant quand l'œuf est projeté contre l'une des parois du terrarium.
 

Conditions de maintien 

 

  • Hygrométrie : pulvériser de l'eau 1 à 2 fois par jour (75% d'humidité)
  • Température : température ambiante, la nuit pas en dessous de 20°C.
  • Taille du terrarium : 30x30x45 pour un groupe d'une quinzaine d'individus adultes.
  • Substrat : pas nécessaire, si oui de l'humus peut faire l'affaire.
  • Luminosité : nous avons un élevage optimal avec comme éclairage une bande led (éclairage direct) et un tube fluorescent 13 [w] (en éclairage indirect) + lumière naturelle.
  • Dans le terrarium : branchages + plantes nourricières de substitution.
  • Nourriture : Ronces en tout genre, chêne. Pour les jeunes : ronces uniquement car les pièces buccales des petits ne leur permettent pas de broyer des feuille de chêne dont la cuticule est coriace.
 

Sources 

 

  • Observations Macroscientifique : www.macroscientifique.com

  • Catalogue of life : http://www.catalogueoflife.org/, consulté dernièrement le 01.05.2016

  • National Center for Biotechnology Information : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/, consulté dernièrement le 01.05.2016

  • ITIS, the Integrated Taxonomic Information System : http://www.itis.gov/, consulté dernièrement le 02.05.2016.

  • uBIO : http://ubio.org/ , consulté dernièrement le 05.05.2016.

  • Sonja Wedmann, Sven Bradler, and Jes Rust « The first fossil leaf insect: 47 million years ofspecialized cryptic morphology and behavior » Edited by May R. Berenbaum, University of Illinois at Urbana–Champaign, Urbana, IL, and approved November 15, 2006 (received for review August 11, 2006) Téléchargé sur Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America (PNAS) : http://www.pnas.org/, lien PDF. Dernièrement consulté le 05.05.2016.

 

 
 
2015 © Dimitri Känel

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Actualisé le : 02.12.2018