Eresidae
                

                                                                                                 

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Introduction

Les Eresidae (C. L. Koch, 1845) représentent une petite famille d'arachnides aranéomorphes [1]. Elles ont un exosquelette robuste et des pattes relativement courtes mais puissantes. Leurs yeux sont petits ; deux paires sont disposées en trapèze à l'avant de la tête, les autres sont répartis aux quatre coins de la bosse céphalique [2]. Hormis la structure des yeux, les érèses, et particulièrement les mâles, ressemblent étonnement aux saltiques. En anglais, on les surnomme "velvet spiders" ou "ladybird spiders" en raison de la texture de leur corps qui s'apparente à du velours et de la coloration rouge-orangé de la plupart des mâles qui font parfois penser à des coccinelles [cf. Eresus kollari, (Rossi, 1846)]. La majorité des Eresidae construisent des toiles tubulaires dans le sol ; seule la toiture latérale de l'ouverture est engluée et permet la capture de proies. Ce groupe d'arachnides est pour le moment constitué de 9 genres pour 91 espèces [3]. Onze d'entre elles peuvent être observées en Europe. De nombreuses publications témoignent de l'engouement des scientifiques pour cette petite famille [4]. Certaines espèces ont des comportements sociaux et un système de répartition du travail, d'autres assurent la survie de leur progéniture d'une façon plutôt surprenante.

A. Phénomènes sociaux et répartition des tâches

A.1 Genre Stegodyphus (Simon, 1873)

Des expériences ont montré que des spécimens de Stegodyphus mimosarum (Pavesi, 1883) et dumicola (Pocock, 1898) collectés à Swaziland, Transvaal et au Natal, pouvaient établir des colonies intraspécifiques mais également se mélanger sans conflits [5]. Toujours dans le genre Stegodyphus, l'espèce indienne sarasinorum (Karsch, 1891) a fait l'objet d'une étude sur la spécialisation des tâches au sein d'une colonie selon deux critères : la maintenance de la toile et la capture de proies [6]. L'idée était de déterminer si des groupes sont définis pour effectuer l'une ou l'autre des tâches. Les résultats révèlent des groupes distincts. Indépendamment de leur taille, de leur poids et de leur faim, les spécimens qui attaquent les proies sont plus enclins à répéter l'action. Le critère de maintenance de la toile n'a pas été déterminant.

A.2 Autres espèces sociales

Étudiée en parallèle, la théridiidé Anelosimus eximius (Keyserling, 1884) possède un système de tâches propre au stade des spécimens ; la croissance permet une accumulation de rôles dans la colonie. Une chose est sûre, la spécialisation des tâches est une réalité dans la vie des araignées sociales. Il s'agit bien sûr d'optimiser la productivité et rendre la vie en groupe plus efficace. Les comportements sociaux sont méconnus chez les arachnides mais étudiés dans plusieurs familles. Epeira bandelieri (Simon, 1891) vit en solitaire ; cependant les femelles organisent à plusieurs leur ponte dans une capsule commune. Uloborus republicanus (Simon, 1891) effectue sa toile à côté de celle de ses congénères. Cette collaboration forme un réseau de toiles a priori indépendantes. Pourtant au milieu du réseau se trouve une zone de ponte centralisée où la concentration de mâles est plus élevée. [7]


B. Le genre Eresus walckenaeri (Brullé, 1832)

B.1 Génétique

Une étude sur la génétique de l'espèce Eresus walckenaeri a permis de confirmer une certaine cohésion entre les différentes populations existantes à l'est du bassin méditerranéen. Malgré un incontournable phénomène de spéciation, résultant de la sélection naturelle et de la dérive génétique des différents foyers d'érèses, le genre Eresus fait preuve d'une étonnante stabilité sur le plan morphologique. Ainsi l'espèce Eresus walckenaeri est composée d'espèces cryptiques avec d'importantes et anciennes divergences génétiques. Cependant la morphologie demeure de type conservative ; elle ne se modifie pas. C'est un phénomène biologique intéressant qui est à l'origine de l'évolution. La science considère souvent plusieurs populations cryptiques au sein d'une même espèce. Cette diversité intraspécifique (qui n'a rien à voir avec une quelconque sous-espèce) justifie un brassage génétique indispensable à la survie de l'espèce. La science permet de clarifier ce fonctionnement grâce aux récentes techniques de séquençage ADN. [8]

 

Il est intéressant de noter que les analyses génétiques ne précisent pas les limites entre les espèces, au contraire, la diversité est telle qu'elles deviennent de plus en plus floues. Il ne fait pas de doute que le concept de catégorisation et la subjectivité de son origine doivent être remis en question.

B.2 Observation en captivité

 

B.2.1 Terrariophilie

Plusieurs espèces circulent en captivité. La plus répandue est Eresus walckenaeri mais l'on peut aussi trouver Eresus moravicus (Rezác, 2008) et hermani (Kovács, Prazsák, Eichardt, Vári & Gyurkovics, 2015) [1]. De nombreuses autres espèces d'Eresidae sont échangées sans identification. En terrariophilie, les connaissances sur ces araignées sont minimes, probablement en raison de la facilité avec laquelle elles se développent. On entend souvent dire que l'espèce fait sa toile dans des cavités au sol, mais elle est aussi très à l'aise dans les hauteurs. Elle peut facilement installer sa toile dans des cavités rocheuses sur des falaises. Dans un terrarium sans substrat, elle va toujours grimper sur les supports pour assurer un maximum d'espace à sa toile et permettre à la toiture latérale de plonger en direction du sol. J'ai maintenu une femelle Eresus walckenaeri durant une année, elle avait fait sa toile en hauteur, dans l'un des coins du terrarium. Le tube exploitait toute la longueur disponible. L'ouverture principale donnait sur la toiture latérale et une autre sortie plus petite était située à l'autre extrémité de la structure ; je pense qu'il s'agissait d'une sortie de secours.

B.2.2 Tolérance entre mâle et femelle

Un collègue arachnophile a observé une longue cohabitation de plusieurs semaines d'un mâle sur la toile d'une femelle. Malheureusement, je ne sais pas comment la relation s'est terminée.

B.2.3 Comportements étonnants

J'ai observé deux comportements que je n'ai encore jamais remarqués chez une autre araignée. Une fois qu'une proie est capturée dans la toiture latérale, le signal est donné et l'araignée approche. La proie continue de se débattre et les vibrations permettent à l'araignée de bien localiser la victime. Cependant, si l'animal capturé cesse de bouger, l'araignée fait de même pour rester cachée. Dans ce cas précis, la femelle que j'ai maintenue saisissait sa toile et la secouait de façon très saccadée pour que la victime continue à se débattre et trahisse ainsi sa position. La toile d'une érèse est robuste et rigide; pourtant tout tremble lorsqu'elle la secoue; la musculature de ces araignées est impressionnante.

Le deuxième événement m'a encore plus surpris. Je suis entré dans le tube avec une pince pour voir comment réagissait l'araignée. Elle a d'abord attaqué la pince et s'est rendu compte qu'elle ne faisait pas le poids. L'érèse a donc planté énergiquement ses pattes antérieures dans le bas du tube de toile, elle a saisi la structure inférieure pour venir la coller en haut et ainsi fermer le tube ! Il s'agit certainement d'un mécanisme de défense contre les oiseaux et autres intrus de taille.

B.2.4 Venin

Les communautés terrariophiles parlent de venin non actif et je n'ai jamais entendu parlé d'un cas de morsure. Dans tous les cas, la femelle possède des crochets non négligeables. La morsure mécanique doit être douloureuse. Une érèse est vaillante, elle se confronte facilement à l'ennemi plutôt que de prendre la fuite.

F. Sources

Photos et textes de Dimitri Känel. 

Email : jeunescientifiques@gmail.com

 

Livre 

[2] Guide Delachaux – Guide photo des araignées et arachnides d'Europe

Les bases de donnés

[1] Encyclopedia of Life (EOL), http://www.eol.org/pages/8796/overview, consulté le 08.07.2017. 

[3] Catalogue of life, http://www.catalogueoflife.org/col/search/all/key/Eresidae/match/1, consulté le 08.07.2017.

[4] NCBI, https://www.ncbi.nlm.nih.gov/gquery/?term=eresidae, consulté le 08.07.2017.

[7] Article de l'OPIE sur Inra.fr, https://www7.inra.fr/opie-insectes/be1900-1.htm%20, consulté 09.07.2017.

Fauna Europaea, http://www.faunaeur.org/full_results.php?id=10649, consulté le 08.07.2017.

Animal Diversity, http://animaldiversity.org/accounts/Eresidae/classification/, consulté le 08.07.2017.

[9Site allemand de terrariophilie, Terraristik, http://terraristik.com/, consulté le 08.07.2017.

 

Études

[5] Interspecific Tolerance In Social Stegodyphus Spiders (Eresidae, Aaraneae), American Arachnology,

http://www.americanarachnology.org/JoA_free/JoA_v16_n1/JoA_v16_p35.pdf, consulté le 09.07.2017.

[6] Task specialization in two social spiders, Stegodyphus sarasinorum (Eresidae) and Anelosimus eximius (Theridiidae), NCBI, http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/jeb.12024/epdf, consulté le 08.07.2017.

[8Genetic cohesion of Eresus walckenaeri (Araneae, Eresidae) in the eastern Mediterranean, Reasearchgate, https://www.researchgate.net/publication/227665369_Genetic_cohesion_of_Eresus_ walckenaeri_Araneae_Eresidae_in_the_eastern_Mediterranean, consulté le 08.07.2017.

Phylogeny of entelegyne spiders: affinities of the family Penestomidae (NEW RANK), generic phylogeny of Eresidae, and asymmetric rates of change in spinning organ evolution (Araneae, Araneoidea, Entelegynae), NCBI, http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20206276, consulté le 08.07.2017.

The velvet spiders: an atlas of the Eresidae (Arachnida, Araneae), NCBI,

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3361087/pdf/ZooKeys-195-001.pdf, consulté le 08.07.2017.

A new ladybird spider from Hungary (Araneae,Eresidae), NCBI, https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4400375/pdf/zookeys-494-013.pdf, consulté le 08.07.2017.

Dramatic histological changes preceding suicidal maternal care in the subsocial spider Stegodyphus lineatus (Araneae: Eresidae), Bio One, http://www.bioone.org/doi/abs/10.1636/B14-15.1, consulté le 08.07.2017.

2017 © Dimitri Känel

 

Portrait d'une femelle adulte Hyllus keratodes (Hasselt, 1882)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Actualisé le : 02.12.2018