Anecdote, photos et infos - La forêt de Białowieża

Fin juillet 2020, j'ai eu la chance de visiter la forêt de Białowieża que je voulais voir depuis de nombreuses années. Considérée comme la dernière parcelle de forêt primaire de taille significative en Europe, j'avais très hâte de l'observer de mes propres yeux. Elle est située à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie. Sa superficie est estimée à 150'000 [ha], dont 62'500 [ha] du côté polonais et 87'500 [ha] du côté biélorusse. Seuls 16.8% de la forêt sont strictement protégés en Pologne. Cette zone a été inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1979. Les 84.2% restants sont classés « forêts  de  gestion  ». Il  s'agit donc en majorité d'une

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ressource économique nationale. La totalité de la forêt de Białowieża demeure pourtant un précieux réservoir  d'arbres  multiséculaires et d'une diversité impressionnante d'espèces végétales et animales.

On entend souvent parler des derniers bisons sauvages qu'elle abrite. Je me disais : « Génial, de grands mammifères ont survécu à la pression de l'être humain, au moins ici ! »... pas vraiment en fait ! Si la flore a été si bien préservée, c'est parce que l'attention de l'Homme s'est longtemps portée sur la faune ! Sans grande surprise, les bisons ont été largement chassés pour leur viande et leur fourrure dès le Moyen-Âge, jusqu'à la première guerre mondiale, où ils ont été entièrement exterminés afin de nourrir les soldats du front Est. Seules 6 bisonnes auraient survécu à la première guerre.

 

On peut dès lors se demander comment l'être humain a pu venir à bout des bisons dans une forêt si grande. J'ai été très surpris de constater que cette forêt était entièrement quadrillée de manière très régulière et ordonnée ! C'est un héritage des nombreux rois qui se sont longtemps partagés la forêt comme un bien privé. Le quadrillage existe toujours ! Des couloirs déforestés de 5 à 8m de large forment des carrés de 500m² sur toute la couverture forestière. Pourquoi ? À l'origine, c'était pratique pour ne pas se perdre pendant la chasse, ainsi que faciliter la prédation et le transport de la viande. À chaque coin de carré se trouve une petite borne numérotée facilitant le repérage et les déplacements. La partie désormais strictement protégée a également été quadrillée par le passé. Ainsi, la qualification de forêt « vierge », terme encore souvent utilisé pour Białowieża, me paraît illusoire compte tenu de son histoire mouvementée. Il est néanmoins surprenant de constater que l'être humain a indirectement protégé la flore de cette forêt pour préserver son garde-manger, quelle chance aujourd'hui !

 

Heureusement, la zone protégée est bien gardée de nos jours. Le tourisme permet d'accéder à une petite partie de celle-ci. Les guides sont obligatoires et les contrôles sont strictes, mais c'est un combat quotidien. En 2016, le gouvernement polonais avait autorisé l’abattage d'une partie de la zone strictement protégée en prétextant une « coupe sanitaire ». L'indignation des locaux, de Greenpeace et de la communauté scientifique avait permis d'alerter la communauté internationale et d'éviter le pire. Mais revenons à nos bisons.

 

Après la première guerre mondiale, des écologistes ont retrouvé quelques bisons dispersés dans des zoos du monde entier afin de démarrer un programme de réintroduction en 1929. Les bisons captifs ont été reproduits avec succès, mais cette fois-ci encore, seuls 17 bisons ont survécu à la deuxième guerre mondiale... Ce fût tout juste suffisant pour continuer le programme qui permis de relâcher, en 1952, deux premiers bisons mâles dans la nature. La population actuelle des bisons de Białowieża est estimée à 800 individus, dont 450 du côté polonais. Même s'ils sont considérés comme des clones d'un point de vue génétique, ces animaux majestueux sont des vestiges vivants du temps des grands mammifères. D'après les habitants des villages alentours, la zone strictement protégée ne suffit pas à cette petite population qui, au printemps, sort de la forêt pour se nourrir dans les exploitations agricoles près des habitations. J'ai pour espoir que de telles réserves ne cessent de s’agrandir pour le bien de toutes et tous.

 

Texte & photos : Dimitri Känel